Partie II
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Introduction Partie I Partie II Partie III Conclusion

Le tir à l'arc :

Etude socio-ethnographique d'un groupe d'archers

de la banlieue parisienne

 

Sommaire

II. Monographie
    A. La pratique telle qu’elle se présente dans le club
        1. Le lieu
            a. le gymnase
            b. le Carré Saint-Jean.
        2. Les archers
            a. portraits
            b. entretien avec un archer chevalier
        3. La pratique
            a. en temps ordinaire
            b. en temps exceptionnel ou festif
    B. Description sociologique: les statistiques
        1. Le questionnaire
            Objectifs de l’enquête, réalisation, méthode, échantillon, déroulement
        2. Analyse des résultats
            a. le questionnaire passé au club
        b. Statistiques nationales

 

 

II. Monographie

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La méthode est celle de l’observation participante: je suis inscrite dans le club et tire avec les autres archers les vendredis soirs. Comme tous les autres j’ai participé aux tirs de fête et suis allée à quelques compétitions. L’interview d’un des instructeurs complétera par le dire les observations faites sur le terrain. La population des archers de ce club nous a aussi permis d’effectuer quelques statistiques.

 

Pour élargir le point de vue sur les archers, on donnera les statistique de quelques organismes comme la Fédération Française de Tir à l’Arc, l’INSEE, et d’autres. Allier autant de sources et de méthodes devrait permettre de faire le portrait précis de ce groupe.

 

 

A. La pratique telle qu’elle se présente dans le club

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Le tir à l’arc en France est une pratique ancienne, hautement historique en Europe de l’Ouest. Mais comme tous les autres, ce sport a subi une forte augmentation de ses effectifs dans les années 1970. Avant cette date, le tir à l’arc n’était pratiqué que dans des compagnies traditionnelles assez fermées, par des " chevaliers " initiés aux règles de l’archerie, comme nous l’avons déjà expliqué. Ensuite, de plus en plus de clubs modernes on été créés, ouverts à tous, n’ayant plus rien à voir avec les compagnies d’autrefois.

 

Cependant ces clubs gardent des liens avec les compagnies ou cherchent à s’en créer. Le fondateur du club de Saint-Cloud était lui-même chevalier. Il a fondé un club pour que tout le monde puisse y aller, adultes et enfants, sans qu’ils aient à connaître la chevalerie, sans avoir besoin de parrainage. Mais assez rapidement, en fréquentant le milieu de l’archerie, des archers de Saint-Cloud ont entendu parler des traditions d’arc, s’y sont intéressés et ont voulu devenir chevaliers. Ils sont allés dans d’anciennes compagnies chercher ces traditions, comme pour renouer un cordon ombilical, et les institutionnaliser dans le club. D’autres chevaliers, ne se plaisant plus dans leurs compagnies, sont venus grandir leur nombre. C’est ainsi que le club de Saint-Cloud a posé un pied dans la chevalerie d’arc et dans le monde des traditions, alors qu’il était normalement en dehors de tout cela.

 

Le club a maintenant une double vie, un double statut que la pratique des archers rend clairement. Pour certains c’est un club profane, pour d’autres c’est une compagnie traditionnelle. Est-il à mi-chemin entre les deux, club en voie de devenir compagnie? Ou les deux, club et compagnie à la fois? Quoi qu’il en soit, ceci se traduit dans le vocabulaire des archers selon le moment et selon les personnes: parfois on l’appellera " club ", d’autres fois " compagnie ". Les jours de fêtes traditionnelles, ce sera plutôt la " compagnie " qu’on nommera, tandis qu’en temps ordinaire, pour l’entraînement et la compétition, ce sera simplement le " club " de Saint-Cloud. Quant à nous, nous ferons de même, en rapportant les appellations entendues sur le terrain.

 

Les chevaliers, véritablement immergés dans la tradition, aimeraient en faire une compagnie. C’est cette impression qu’ils donnent: ils ont déjà le drapeau de la compagnie et imposent le respect des traditions autant qu’ils le peuvent. Mais ils n’ont pas de " logis " ni de jardin d’arc traditionnel, comme ont les compagnies anciennes, ce qui les gêne beaucoup. Ils ont tendance à se replier un peu sur eux-mêmes.

 

1. Le lieu

 

a. le gymnase

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Le club est celui de la ville de Saint-Cloud (Hauts-de-Seine). Le lieu d’entraînement est un gymnase classique, bâtiment communal sans beauté, aux murs de béton et haut de plafond. Il se trouve sur la colline du Mont Valérien, à la limite de Suresnes et de Saint-Cloud, près d’un grand carrefour, mais non loin de la verdure des champs de course de l’hippodrome. Il est entouré de courts de tennis.

 

Saint-Cloud est une ville résidentielle, plutôt chic, avec de belles maisons individuelles et des immeubles de luxe. Suresnes est une petite ville calme et prospère. Avec la proximité de l’hippodrome (lieu où se joue beaucoup d’argent) et celle des courts de tennis (sport bourgeois par excellence), on pourrait s’attendre à voir dans le club les mêmes représentant d’une classe aisée et bourgeoise. Il semble que ce n’est pas le cas. Nous essayerons de le démontrer.

 

La salle d’entraînement fait 30 m de long sur 15 m de large, ce qui permet de tirer à 25 m, distance relativement courte pour le tir à l’arc mais suffisante pour les concours (la première distance olympique est de 18 m). Le sol est recouvert d’un revêtement de plastique vert, le mur du fond est couvert de " stramits " à hauteur de 2 m, de cette paille compressée dans laquelle peuvent s’enfoncer les flèches. Chacun fixe son blason dessus au début de l’entraînement, et le retire quand il s’en va. Une pièce attenante au gymnase sert à mettre tout le matériel sportif, entre autres les arcs appartenant au club et prêtés aux débutants. Ils sont rangés dans des placards où on les remet à la fin de chaque séance. Ces placards ont quelque chose de particulier. Sur leurs portes, sur le côté intérieur sont affichées des cartes, c’est-à-dire des cibles spécialement décorées par des archers à l’occasion de parties festives comme celles de la St-Sébastien, du Tir du roi, etc. Ce sont des souvenirs de réunions d’archers. Dans d’autres compagnies, elles auraient été mises en évidence et décoreraient le " logis " des archers, mais ici, l’endroit étant un lieu publique, on ne peut pas les afficher sur les murs. Les portes de ces placard font office, dirait-on, de décor escamotable, dérobable aux yeux des profanes: on les ouvre quand on veut transformer cette pièce en logis et signifier qu’à cet instant l’endroit appartient aux archers.

 

Il y a à l’entrée un bureau où se réunissent les organisateurs et les instructeurs, et où on peut fabriquer ses flèches, remplir les formulaires d’inscription... On y range les coupes et les trophées gagnés aux compétitions. Mais ce n’est rien de comparable à un véritable " logis " de compagnie, au regret des chevaliers. Dans la compagnie très ancienne de Saint-Pierre-Montmartre, par exemple, à Clichy, le logis est un petit bâtiment au bout du jardin d’arc où se réunissent les archers. Il comporte un bar, une salle d’arme rassemblant de nombreux souvenirs parfois très historiques (le vieux drapeau en loques de la compagnie, les plus belles cartes de la Saint-Sébastien, des sculptures du saint sur son poteau, exécutées par les archers, reliques de joyeux moments passés ensemble, etc.), un pas de tir d’où l’on peut tirer à 15 m. Les chevaliers l’entretiennent et le bricolent eux-mêmes. On y range le drapeau, les arcs d’initiation, les coupes gagnées par les archers de la compagnie, etc. C’est un lieu de convivialité, une deuxième maison pour les archers (qui en possèdent d’ailleurs tous une clef). Mais à Saint-Cloud, ils n’en ont pas.

Avoir un lieu à soi, aménagé et décoré par soi est pourtant d’une grande importance, autant physique que symbolique, comme chaque Église a son lieu de culte où se rassemblent ses fidèles, ou comme une vielle maison de famille, " une maison de grands-parents ou d’arrière-grands-parents " comme notre archer interviewé dira.

 

 

b. le Carré Saint-Jean.

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A la saison froide, il est de coutume de tirer en salle, mais dès que viennent les beaux jours on va tirer à l’extérieur dans un endroit alloué au club par le Département. Le tir à l’arc est d’abord un sport de plein air. Ce terrain de tir fait partie d’un grand complexe sportif situé à la limite de Saint-Cloud, et comportant dans un grand parc verdoyant des terrains de football, de basket, des stades, et d’autres.

Le Carré Saint-Jean est un endroit que le club de Saint-Cloud est contraint de partager avec d’autres clubs. Cette concurrence exacerbe parfois les sensibilités, donnant lieu à des frictions avec les archers de ces autres clubs qui veulent eux aussi s’approprier ce territoire. Il est douloureux pour un archer traditionnel de penser que se jardin sera foulé par des étrangers (nous avons vu précédemment comme le jardin d’arc est dans son esprit sacralisé, " lieu de mémoire du supplice de Saint-Sébastien " etc.). Ici, les archers lui refusent l’appellation de " jardin d’arc ", ils l’appellent " le Carré Saint-Jean ". Il est considéré comme un simple terrain d’entraînement.

C’est un rectangle de gazon, d’une longueur de 100 m (la plus grande distance olympique est de 90 m) sur 20 m environ de largeur. Près de l’entrée, à un bout du terrain, se trouve un abri en bois où l’on peut poser les affaires en cas de pluie. Le lieu est bruyant car il se trouve en bordure de l’autoroute. Celle-ci est cependant cachée aux regards par une palissade de béton (parfois on entend du bruit de verre brisé ou de tôle froissée, au grand amusement de la compagnie présente qui se rue à la palissade pour s’esclaffer); le terrain est entouré de marronniers centenaires et d’autres hauts arbres à l’extérieur du fin grillage qui le clôture (aux normes de sécurité). Des buttes sont placées aux différentes distances de tir. C’est ici qu’a lieu " le Tir du roi "; les archers expérimentés s’y entraînent toutes les semaines (les débutants ne peuvent pas quand ils n’ont pas leur propre matériel).

 

2. Les archers

 

 

a. portraits

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Les archers n’ont pas tous la même façon de se comporter dans le club. On peut en distinguer deux catégories suivant leur ancienneté et leur engagement dans le club et dans le milieu du tir à l’arc: il y a les habitués d’une part, et les débutants d’autre part. Ils se mêlent peu entre eux.

 

Les habitués sont ceux qui pratiquent le tir à l’arc depuis longtemps et qui connaissent bien le club. Ce sont principalement des adultes, ils ont déjà un bon niveau et font de la compétition pendant les week-ends. Ils viennent le lundi soir, le vendredi assez tard (après huit heures), avec les grosses valises qui contiennent leurs arcs. Au printemps, ils préfèrent tirer au Carré Saint-Jean. Ils arrivent la plupart du temps en famille. Souvent ils restent à discuter au fond du gymnase, à monter leur arc ou à le régler, laissant aux nouveaux le devoir de s’entraîner. On devient un habitué quand on commence à fréquenter ces groupes de conversation, qu’on y est accepté, et d’autre part quand on possède son arc et qu’on tire dans la partie gauche du gymnase. Cela peut être rapide, en six mois on peut passer au rang des " habitués "; c’est flatteur pour la fierté personnelle du tireur. Il pourra alors exposer son arc sur un trépied au milieu du gymnase avec les autres arcs sophistiqués, tirer sur un blason minuscule, faire lui-même ses flèches.

 

Les " nouveaux " sont très différents: ceux qui s’initient au tir à l’arc sont les plus assidus, les plus consciencieux. Ils arrivent à l’heure, s’entraînent pendant une heure et demi sans interruption, encadrés par les instructeurs. Ils s’exercent dans la partie droite du gymnase avec des arcs d’initiation prêtés par le club. Au début de l’année, ce groupe comprend beaucoup d’enfants, mais à partir de février ou mars il ne reste plus que les adultes ou ceux qui veulent vraiment continuer; ils sont alors cinq ou six, à tirer sur des cibles larges. Entre deux volées, quand il faut attendre quelques minutes que tout le monde ait tiré pour aller chercher ses flèches, ils ont tendance à rester silencieux dans un coin, à attendre individuellement, sans prendre part aux conversations. Ceci contraste avec le comportement des habitués qui prennent leurs aises, racontent leur vie, rient ensemble.

Les nouveaux et les habitués ne viennent pas au club pour les mêmes raisons. Les nouveaux pensent qu’ils sont là pour faire du sport; ils se sentent parfois frustrés en constatant que le tir à l’arc est un sport immobile où l’on s’ennuie si l’on ne connaît personne. Les habitués, eux, viennent se détendre dans un endroit familier, voir leurs amis, et tirer si cela leur chante. Au fur et à mesure de la fréquentation du club, ces nouveaux se transforment en habitués, par un lent processus d’acceptation dans le groupe, et après avoir gravité autour pendant quelques mois.

 

 

 

les chevaliers

 

Il y a au club une catégorie de personnes un peu au-dessus des autres mais assez discrète: ce sont les chevaliers, au nombre de sept à Saint-Cloud, dont trois femmes appelées " dames d’arc " (parce que " chevalière " sonne mal). L’origine de la chevalerie d’arc remonte au Moyen Âge, comme on l’a dit plus haut, et concerne le tir à l’arc très traditionnel. Ces gens ont choisi de s’engager plus profondément dans le tir à l’arc. Ils ont subi une longue initiation comportant des épreuves difficiles au terme desquelles ils ont été " adoubés ", c’est-à-dire faits chevaliers, lors d’une cérémonie secrète, qui a lieu de nuit, par les chevaliers d’une autre compagnie traditionnelle. C’est pour eux une charge qu’ils garderont toute la vie, avec la mission de rester quelqu’un d’honnête et de droit, de transmettre la tradition et de pratiquer les rites. Ils ont tendance à former une société secrète sur le modèle des Francs-maçons. Il est étrange d’en trouver ici, à Saint-Cloud dans un club moderne, alors que leur place est habituellement dans les compagnies très anciennement fondées.

L’analyse de l’entretien (qui se trouve en annexe p.90 dans son intégralité) nous éclaire sur leur présence à Saint-Cloud.

 

 

 

 

b. entretien avec un archer chevalier

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L’entretien se passe chez moi pendant une après-midi de mai, devant un cappuccino (Gérard a des origines italiennes). Mon interlocuteur est grand, brun, large d’épaule, avec un certain embonpoint. Son fils Alexandre est présent, accompagnant son père au Carré Saint-Jean pour s’y entraîner. Gérard me prévient avant de commencer qu’il y a des choses qu’il ne peut pas divulguer, en particulier sur les rites secrets, et qu’il " répondra ou ne répondra pas " à mes questions.

 

 

analyse de l’entretien

 

L’entretien permet premièrement de retracer la trajectoire sociale de Gérard avant qu’il ne devienne archer chevalier.

 

Gérard a aujourd’hui 44 ans. Sa femme Françoise a 38 ans et travaille comme comptable, ce qui était aussi l’ancienne profession de Gérard. Ils se sont mariés assez jeunes puisque leur fils a déjà 18 ans. Dans le questionnaire, Gérard a noté que ses parents étaient des commerçants, son père " transporteur "; le père de sa femme était artisan. On peut parler pour eux d’endogamie de classe, une alliance matrimoniale classique, dans la classe moyenne française. Le couple habite en ce moment à Saint-Ouen, dans la banlieue nord de Paris.

 

Gérard s’est mis au tir à l’arc à la suite d’un ennui de santé: une " hernie discale avec sciatique paralysante " l’a empêché de continuer les sports qu’il pratiquait déjà, à savoir la voile, le canoë-kayak, le judo, le rugby. Il a alors recherché un sport statique autorisé aux gens ayant des problèmes dorsaux. L’idée de faire du tir lui est venu, car il avait pratiqué le tir à la carabine au temps de son service militaire. Avec sa femme ils se décident pour le tir à l’arc qu’ils commencent à pratiquer en 1987 à la Première compagnie de Montreuil (ils habitaient alors dans cette ville et ont choisi cette compagnie par hasard); cette compagnie est ancienne, traditionnelle, fondée au début du XIXème siècle. Il acquiert un bon niveau de tir à l’arc et fait bientôt des compétitions. C’est dans cette compagnie qu’il est initié aux traditions de l’archerie et qu’il est fait chevalier, en même temps que sa femme. En 1991, il doit déménager; il change de compagnie et arrive dans celle de Suresnes où il reste jusqu’en 1993. Malheureusement l’atmosphère s’y dégrade, ce qui le conduit avec sa famille à en rechercher une autre. Géographiquement proche de Suresnes, celle de Saint-Cloud l’accueille à bras ouvert, d’autant plus qu’il est chevalier et que cette jeune compagnie cherche à s’instituer dans la tradition.

Au fur et à mesure il y prend des responsabilités, alors que pendant deux ans il est au chômage (de 1993 à 1995). Titulaire d’un diplôme délivré par la Fédération, il commence à enseigner le tir à l’arc dans son club de Saint-Cloud. En octobre 1995, il passe le diplôme d’Etat (le brevet d’éducateur sportif) pour faire de cet enseignement son nouveau métier. La Direction départementale de la Jeunesse et des Sport a justement besoin de gens de sa compétence. Tous les soirs maintenant il enseigne dans un club de Rueil (la ville voisine) et dans celui de Saint-Cloud. Il est également employé par le comité départemental de tir à l’arc qui lui a confié l’entraînement de l’équipe des Hauts-de-Seine. On peut dire que cette reconversion est une réussite totale; Gérard enseigne maintenant ce qui était pour lui un loisir. Il a retrouvé confiance en lui.

 

 

Comment comprendre la rencontre de Gérard avec le tir à l’arc?

 

A première vue, on a l’impression que le hasard l’y à conduit. Mais plus profondément, il apparaît que son origine sociale l’y a prédisposé.

Il est entré au tir à l’arc sans connaître son monde complexe de traditions (" sans le savoir, on allait tomber dans une compagnie traditionnelle avec un jardin d’arc, des chevaliers, des rites... "). Ce n’est pas cela qui l’a attiré dans ce sport.

Gérard s’est trouvé dans l’impossibilité de continuer les sports qu’il pratiquait déjà à cause de la fragilité de son dos. Aimant le sport, il avait besoin d’en choisir un autre. Il se rappelle alors son goût pour le tir, sport qu’il avait commencé à l’armée, porté par des antécédents familiaux (" dans la famille j’avais quelqu’un, champion de tir à la carabine, un arrière-grand-père ou un grand-oncle "). Gérard a le sens de la famille. C’est sa femme vraiment qui décide qu’ils vont se mettre au tir à l’arc. Ils commencent ensemble le tir à l’arc, vont aux entraînements ensemble, et seront faits chevaliers en même temps. Leur fils unique suivra tout naturellement les traces de ses parents (il est d’ailleurs venu à cet entretien avec son père). Désormais pour Gérard le tir à l’arc est inséparable de sa vie de famille, mais ceci l’empêche par conséquent d’être plus proche de sa famille étendue: la famille du tir à l’arc concurrence la famille proprement dite dans le temps qu’il leur consacre, sans qu’il y ait aucune communication entre ces deux univers (" Ils ne comprennent pas et ils ne nous voient pas souvent ").

La dimension familiale est donc pour Gérard inhérente au tir à l’arc aussi bien dans sa façon de le pratiquer que dans l’origine de son choix. Plus largement, ce qu’il a toujours apprécié dans un sport est la " convivialité ".

 

La convivialité est justement ce qui caratérise le tir à l’arc. Il explique qu’il " l’avait au préalable ", la qualité d’être sociable et d’aimer se retrouver avec d’autres, c’est pourquoi il " n’a pas eu de problèmes pour s’intégrer " au groupe, mais c’est aussi surtout pourquoi il y est resté. Il s’est d’ailleurs intégré au maximum en devenant chevalier, participant à la vie la plus interne de la compagnie. Les autres sports qu’il a pratiqués avaient aussi sûrement cet aspect convivial, c’est-à-dire cette dimension communautaire associée à un lieu de rassemblement (le hangar où on réparait les bateaux quand il faisait du canoë-kayak, le logis des compagnies d’arc, qui manque malheureusement à Saint-Cloud). Son goût va pour ces sports de rassemblement, par opposition aux sports individuels qui ne tissent pas de liens entre les individus (les sports pratiqués en dehors d’un groupe organisé comme le jogging, la natation).

 

Mais ceci n’explique pas complètement pourquoi il est devenu chevalier d’arc, pourquoi a-t-il dit oui à cette éthique particulière lièe à cette longue tradition archeresque. Il aurait pu continuer dans le tir à l’arc à haut niveau sans s’occuper de ces traditions, comme beaucoup de champions. Ayant retracé l’histoire de Gérard, nous pouvons maintenant analyser les raisons de son choix.

 

La quarantaine est un âge charnière. Beaucoup de gens à 40 ans se sentent soudainement vieux. Gérard s’est en effet trouvé à un tournant de sa vie. De sérieux ennuis de santé, puis le chômage l’ont obligé de se remettre profondément en question et de se reconvertir professionnellement. Le tir à l’arc lui offre une occasion de redémarrage dans quelque chose de nouveau; il le dit: la chevalerie, " cela a été le point de départ de quelque chose ". Au passage difficile qu’est la quarantaine il a fait correspondre un rite initiatique, celui que subit l’archer qui devient chevalier. Le chômage est une épreuve douloureuse peut-être parce que l’individu a l’impression tout d’un coup de sombrer dans le néant, de n’avoir plus d’existence pour la société parce qu’il n’a plus d’emploi. Or la chevalerie offre à Gérard l’occasion de redevenir " quelqu’un ", de renouer avec des racines historiques (" cela me permet de m’intéresser à notre histoire, à l’histoire de l’humanité, puisque cela remonte au Moyen Age, c’est notre patrimoine ") et d’être investi de la mission de " transmettre au XXème siècle " ces traditions assorties d’une sagesse, en les réactualisant pour ne pas se laisser distancer dans la modernité. La chevalerie touche à ses plus intimes pensées quand il ajoute: " elle fait partie de ma vie intégrante, de ma vie religieuse également. " Etre chevalier consiste pour lui à " montrer l’exemple " par son " comportement général extérieur ", " à être droit à tous les instants ", modeste et digne, car " ce n’est pas un grade, c’est plutôt un titre honorifique ".

 

Le club de Saint-Cloud est-il sur la voie de devenir une compagnie? Quel est le rapport du club à la tradition?

 

L’inquiétude des archers des anciennes compagnies était de voir disparaître cette pratique traditionnelle au profit de la pratique moderne du tir à l’arc à l’anglo-saxonne (axée sur la compétition). Il est remarquable qu’ici au contraire les traditions soient renées spontanément dans un club moderne.

D’après Gérard, " il est quasiment impossible à l’heure actuelle de faire de Saint-Cloud une compagnie. " La raison en est simple: il manque le plus important, c’est-à-dire le logis et le jardin d’arc " avec toutes ses traditions ". Il est frappant de voir qu’ici, ce sont les lieux qui font la compagnie et par extension les gens, les vrais archers, les chevaliers. Ces lieux doivent être anciens, " historiques ". Inscrits dans la durée, ils abritent l’éducation des archers. Gérard les compare avec " une maison de grands-parents ou d’arrières-grands-parents avec tout ce que cela comporte comme souvenirs ", une maison dans laquelle l’enfant qu’est l’archer novice grandit et comprend en regardant ces vielles pierres qui est sa famille, ses racines et surtout son passé. Une compagnie d’archers sans les bâtiments traditionnels est orpheline, comme " un enfant de la D.A.S.S. qui n’a jamais eu de famille et qui ne sait pas d’où il vient ". Le champ sémantique de la parenté revient de façon significative. Pour l’instant, le club de Saint-Cloud n’a pas d’ancêtres, il n’a pas de " fondations ", donc il ne peut pas encore devenir une compagnie.

Par conséquent, le club a une vie interne, mais d’une autre nature que celle d’une compagnie, même si il essaie de s’en rapprocher. Les organisateurs (le bureau, composé des six membres) se réunissent dans des salles de la mairie, " mais c’est très impersonnel ". Ils ne se réunissent jamais chez l’un d’entre eux, alors que cela pourrait donner plus d’authenticité à ces entrevues. La raison invoquée est que les membres de leurs familles non chevaliers ne doivent pas assister à ces discussions " secrètes ". De ce point de vue, la famille des chevaliers exclut la famille des individus. Mais pour les grands repas, les fêtes comme la Saint-Sébastien, la famille proche est expressément invitée (les parents des jeunes archers, les épouses ou les maris des autres). Peut-être parce que les archers doivent être " de bonne moralité ": la compagnie renforce le contrôle social qui pèse déjà sur l’individu dans la vie courante en vérifiant que sa famille est dans les normes. Cette volonté d’être normal et " sans histoire " explique aux différentes époques la remarquable adaptation des compagnies aux évolutions de la société. Les chevaliers ne veulent surtout pas donner le sentiment de vivre dans un petit monde reclu, protégé par les enceintes du jardin d’arc, larmoyant sur des temps et des moeurs révolus; ils participent au contraire de manière active dans la société présente à l’édification des " bonnes moeurs ", à la responsabilisation du citoyen. On comprend donc qu’au moment de la Révolution française les compagnies jugées trop conservatrices aient été dissoutes, car il leur fallait le temps de comprendre et de s’adapter au changement révolutionnaire. Mais elles réapparurent assez rapidement au début du XIXème siècle, complètement acquises aux nouvelles idées politiques. Les chevaliers ne se caractérisent pas par un pessimisme rancunier à l’égard du monde extérieur, ils se gardent bien de se couper de la société où ils vivent. Des chevaliers de Saint-Pierre-Montmartre, avec lesquels Lionel LOCQUENEAUX s’est entretenu pour sa maîtrise, dans une compagnie très traditionnelle contemporaine, se disent " satisfaits par le monde actuel ".

Cet attachement à être dans la norme a fait qu’à l’époque de la constitution des compagnies, les archers français étaient catholiques comme le roi. Ils sont devenus pour beaucoup athées à la Révolution. Mais cette adaptation a des limites: aujourd’hui cela pose problème pour un musulman de devenir chevalier.

 

La " tradition " est fétichisée, accompagnée de rites qu’on cherche à garder secrets (même si certains sont des secrets de polichinelle, car ils attisent trop la curiosité). Ces rites sont nombreux, largement décrits dans des rapports internes qui circulent entre les compagnies. Nous avons choisi de ne pas nous attarder dessus pour l’instant. Il y aurait énormément de choses à dire. D’autres ont commencé à le faire, en les rapprochant notamment des rites francs-maçons (entre autres, L. Locqueneaux). Les chevaliers font eux-mêmes un gros travail de récapitulation et d’homogénéisation de leurs traditions en émettant des recueils de rites et de traditions (cf. le Recueil des us et coutumes de J.L. Demazières, Chevalerie et traditions de la Famille de Noisy-le-Sec, etc.) et en se rassemblant régulièrement pour en discuter. Ce besoin de fixer la tradition sur le papier est d’un grand intérêt pour le sociologue et ces recueils sont des mines de renseignements (peut-être à exploiter pour un prochain DEA?). Pour Gérard, la tradition est inhérente au tir à l’arc, ce sport en serait dénaturé par la perte. Il faut les maintenir coûte que coûte et obliger les nouveaux archers, peut-être pas à y adhérer, mais du moins à en prendre connaissance.

 

 

3. La pratique

 

 

a. en temps ordinaire

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L’entraînement pour les débutants a lieu le vendredi soir (ce sont les séances auxquelles je vais et ce par quoi j’ai commencé mon observation): les cours d’initiation commencent à 18 h 30, mais peu de monde est là avant 19 heures. Les débutants arrivent en général assez tôt, juste après les instructeurs et ceux qui ouvrent la salle.

 

Les " habitués " ont un comportement caractéristique.

Il est d’abord de règle de dire bonjour à tout le monde sans exception, même à ceux qu’on voit pour la première fois: embrassade sur les deux joues pour les femmes, poignée de main pour les hommes. Ceci, avec le tutoiement obligatoire (les récalcitrants prennent le risque d’être mal vus, accusés de snober les gens), fait partie de la " convivialité " du tir à l’arc, à laquelle tiennent beaucoup les archers.

 

Une fois qu’on a salué la compagnie, on s’installe au fond de la salle pour monter son arc qu’on transporte en pièces détachées dans une grande valise. L’opération est délicate: il faut monter les branches, les stabilisateurs, la corde, etc. Le montage de l’arc est une sorte de rite dont sont privés en partie les possesseurs d’arcs compound (l’arc à poulies) indémontables et ceux qui ne possèdent pas encore d’arc; il y a cependant toujours quelques réglages de précision à faire. Certains passent des week-ends entiers chez eux à faire ces réglages souvent très compliqués sur l’arc: le limage de la poignée pour que l’arc tienne bien au creux de la main, le réglage du berger-button et des nombreux dispositifs sophistiqués propres aux arcs modernes. Rite individuel dont la signification sûrement évolue avec l’ancienneté de l’arc, de l’archer et de son rapport à la tradition: le jeune archer qui vient de se l’offrir, l’archer qui a quarante ans de pratique derrière lui ou le sportif qui ne recherche que technique et performance ont en commun de vénérer leur arc.

 

Quand l’arc est monté, on se rend sur le pas de cible, l’arc à la main. Le pas de tir est très grand, puisqu’il s’étend sur toute la largeur du gymnase; la convention est ici que ceux qui tirent bien se mettent à gauche, tandis que les débutants se groupent à droite. Cette répartition spatiale est significative dans les esprits, car au fur et à mesure de sa fréquentation du club, c’est-à-dire ayant acquis le sentiment d’être devenu un habitué, le tireur se déplacera de plus en plus vers la gauche.

 

Arrivé sur le pas de tir, il faut saluer une nouvelle fois. Ce salut-là est particulier aux chevaliers, à ceux qui ont le titre d’archers, et apparemment à ceux qui se sentent archers à part entière, insérés dans le milieu et la mentalité. Les débutants et les enfants ne le font pas, peu de personnes le font en tout. Ce salut s’appelle le " salut aux cibles " ou bien " salut à la butte " dans un jardin d’arc. Son origine serait ancienne, dictée par des raisons de sécurités, la nécessité de prévenir les autres archers en train de tirer qu’un autre archer est arrivé sur le pas de tir. Ainsi les autres tireurs ne seraient pas surpris. Mais il a aussi une utilité sociale non négligeable d’agrégation morale au groupe, comme un deuxième rite. Avant de bander son arc, l’archer dit: " Mesdames, messieurs, je vous salue! " Et les autres doivent répondre en choeur: " Salut! ", sans forcément arrêter de tirer. Si l’archer est seul sur le pas de tir, il doit aussi le faire par un sentiment de devoir et de dignité même en l’absence de son groupe et de tout contrôle de ce dernier. En le faisant, il doit respecter certaines règles de tenue, ne pas fumer, ne pas rire, avoir un couvre-chef, pour les puristes, qu’on met spécialement pour tirer. A un niveau encore plus symbolique, et là le tir à l’arc s’apparente aux autres arts martiaux, c’est l’adversaire qu’on salue, exprimant ainsi qu’on se sent honoré et digne de combattre avec lui. Ce qui est étrange ici, c’est que la cible n’est pas une chose vivante, alors peut-elle être vraiment considérée comme un " adversaire "? Tout archer sait que son adversaire est en lui-même, qu’il doit dompter son esprit, sa concentration. Cette explication donnée par certains archers pourrait être une forme de syncrétisme sous l’influence des arts martiaux japonais, le kiudo entre autres (si ce n’était pas le cas, il faudrait croire à un sentiment universel de respect de la part du guerrier pour ce contre quoi ou avec quoi il combat; ce serait à étudier plus profondément une autre fois).

 

Beaucoup d’archers tirent un peu en arrivant, puis se mettent à discuter avec leurs amis, et ceci dans la partie gauche ou au fond du gymnase, leur arc trônant sur un trépied à côté d’eux. Ceci est comme un privilège des habitués. D’autres arrivent après 20 heures, après que l’initiation soit finie. A cette heure-là, il n’y a plus aucun étranger dans la salle. Les archers peuvent discuter entre eux de leurs affaires.

 

 

 

b. en temps exceptionnel ou festif

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Ce sont les débuts de la compagnie, on le sent dans l’ostentation avec laquelle sont perpétrées les coutumes et les traditions, car il s’agit de les installer dans la vie du club, de les expliquer aux membres, de leur en donner le goût. C’est une tâche délicate et longue puisque, entre autres, les chevaliers ont un devoir de discrétion envers ceux qui n’ont pas été adoubés. Mais la transformation du club en compagnie ne peut venir que d’eux. Les profanes doivent deviner seuls qui est chevalier, quel est leur rôle: c’est le début d’un parcours initiatique pour ceux qui le veulent. Le tireur curieux apprendra les coutumes au fur et à mesure en posant des questions précises, en montrant de l’intérêt pour la vie du club. Si les chevaliers le sentent responsable et bien intentionné, ils lui proposeront de s’engager un peu plus profondément dans le tir à l’arc, dans son milieu et sa mentalité. Il subira une épreuve initiatique au bout d’une longue préparation et sera adoubé dans une véritable compagnie.

 

Quelques événements et réunions rythment l’année du tir à l’arc, qui ont tous leur importance pour la cohésion du groupe.

 

 

L’Assemblée générale (6 décembre)

 

Ceci est le côté " club " de la compagnie, la partie administrative formelle, mais l’" Assemblée Générale " sait vite devenir une réunion d’amis. Elle rassemble une quarantaine de personnes, adultes et enfants, qui ont tous reçu une convocation en bonne et due forme. L’assemblée a lieu dans une salle municipale, dans le Musée des Avelines à Saint-Cloud. La pièce est rectangulaire, à un bout siègent les responsables derrière une table longue: le président du club, le trésorier, la secrétaire, et les trois adjoints du Bureau. Dans une compagnie, ils seraient appelés " capitaine ", " greffier ", " censeur ", par des termes volontairement moyenâgeux. Mais ici on n’est pas dans une compagnie.

 

L’atmosphère est bon enfant, " on est là en famille ", entend-on. On commence par parler de l’ambiance dans le club, point qui doit être le plus important: elle est " fort bonne avec les clodoaldiens et les non clodoaldiens " (habitants de Saint-Cloud), il y a " un bon esprit sportif ", " une bonne équipe de compétition... des jeunes et des moins jeunes ", on se félicite les uns les autres avec modestie: on a effectivement dans le club quelques champion et vice-champion de France en catégories junior et senior, tandis que d’autres passent avec succès des diplômes sportifs, brevets d’instructeur ou d’arbitre... Tout ceci donne une impression de dynamisme du groupe.

La parole est ensuite au trésorier qui explique le budget et la répartition des dépenses du club; le bilan est positif, le trésor semble bien géré, bien organisé. Il est voté à l’unanimité.

 

Il faut parler ensuite de l’organisation du Concours qualificatif au championnat de France qui aura lieu fin janvier; chaque club en organise un pendant l’année, pour que les bons archers fassent des points afin d’être qualifiés. Son organisation sollicite tous les membres du club d’accueil, il y a " besoin de bras " pour l’installation du gymnase le vendredi soir, le rangement du dimanche soir, et surtout être présent pendant le concours, question de courtoisie et de porter haut les couleurs du club. Un organisateur rappelle qu’ " on ne fait pas ça pour du fric mais pour le plaisir ". Il faudra préparer des gâteaux pour fournir la traditionnelle buvette. Mais " ce n’est pas une contrainte ", on est bienvenu selon sa disponibilité (on est aussi mal vu si on ne le fait pas).

On parle encore de questions diverses d’organisation, puis tout le monde se lève, on installe les tables et, dessus, les victuailles; on prend l’apéritif, en devisant gaiement, en fumant, et on commence le banquet. C’est un buffet froid, copieux, qui a été commandé à un traiteur: du rosbif, du poulet, des salades variées, du pain, du vin... Les archers sont de bons vivants (leur embonpoint le dit souvent), ils aiment boire, manger, fumer et en sont fiers. Avec eux, chaque réunion, chaque fête se termine par un bon repas. Cette tradition du bien manger et du bien boire est ancienne dans l’archerie, des observateurs en parlaient déjà au XVIème siècle. Seuls des archers bien nourris pouvaient être de bons archers dans les armées royales (ils avaient en particulier de bonnes rations de viande à une époque où ce met passait pour un luxe). Autrefois, les jardins d’arc étaient même attenants à un cabaret (c’était souvent le cas au XIXème siècle), les francs-archers bénéficiant de détaxations sur les boissons, ainsi que d’autres privilèges. Les banquets sont pour les archers des moments de " convivialité "; ils sont conscients de leur valeur sociale de rassemblement et de partage réelle et symbolique.

 

 

Le passage de flèches

 

Comme dans les autres sports, on peut passer des tests de niveau. Ceci concerne les débutants et les jeunes: on passe d’abord la flèche blanche, puis noire, puis bleue, puis rouge, puis jaune (selon l’ordre des couleurs sur la cible). Il faut pour chacune tirer un certain nombre de flèches à une certaine distance et faire un certain nombre de points. Le relevé des points se fait comme dans une compétition; c’est l’occasion pour les instructeurs de l’apprendre ou de le rappeler aux jeunes archers. Quand toutes les flèches ont été tirées, les instructeurs s’assoient sur un banc au milieu de gymnase, comptent les points puis demandent aux archers de faire cercle autour d’eux. Ils annoncent les résultats par ordre décroissant. On applaudit ceux qui ont réussi leur flèche. Ceci n’a pas beaucoup de conséquences dans la vie du club, il est cependant nécessaire pour s’inscrire dans certaines compétitions et rendre compte des progrès des uns et des autres. Il constitue un des rares moments réservés exclusivement aux enfants et aux jeunes adultes, le tir à l’arc s’adressant de préférence aux adultes d’âge mûr.

 

 

 

 

Le tir de l’Épiphanie ou tir aux galettes (12 janvier)

 

Cette partie de flèches n’est pas traditionnelle dans sa forme, bien qu’elle pourrait le devenir dans le club de Saint-Cloud (en se répétant d’année en année, ce qui créerait une tradition originale au club). Tout le monde a été prévenu à l’avance pour qu’il y ait le maximum de monde. Il est d’usage de manger ensemble la galette des rois au tir à l’arc et de faire une partie pour l’occasion. Environ cinquante archers sont présents.

 

L’un des chevaliers a préparé des cibles spéciales, décorées de couronnes de carton doré, représentant des galettes découpées en parts de dimensions variables, chaque part donnant un nombre différent de points, de un à dix suivant sa taille et sa position. Si l’on tire au centre, sur un rond de 5 cm de diamètre, on double les points de la meilleure de ses trois flèches. Les cibles sont accrochées sur la paille, puis le chevalier rassemble tout le monde en cercle et explique les règles du jeu. Pour chaque cible il doit y avoir une équipe de quatre tireurs qui tireront à tour de rôle, deux par deux. On ne choisit pas ses coéquipiers: pour que les équipes soient équilibrées, elles ont été décidées d’avance par les organisateurs. Ainsi les vieux tirent avec les jeunes, les plus expérimentés avec les débutants, donnant lieu à un brassage de compétences variées et à des exercices de courtoisie. C’est une fête, un jeu très amusant. Les archers ne se privent pas de bavarder, de rire, de faire de l’humour. A la fin, on compte les points et une équipe est déclarée victorieuse. La partie se termine par la dégustation de la galette agrémentée d’un verre de champagne, auquel sont aussi conviés les parents et les conjoints des archers.

 

 

 

La Saint-Sébastien (19 janvier)

 

Saint Sébastien est le patron des archers. Il vivait au IIIème siècle et était capitaine d’une garde prétorienne sous l’empereur Dioclétien qui martyrisait les chrétiens. En secret il allait dans les prisons réconforter les prisonniers (ce que font encore certains archers puristes). Il fut découvert et l’empereur ordonna de le lier à un arbre pour qu’il serve de cible à ses archers nubiens. Il fut laissé pour mort, mais une chrétienne nommée Irène le recueillit, le soigna et quelques jours après il était miraculeusement guéri. Il alla trouver l’empereur pour lui reprocher ses crimes. Ce dernier, dans sa colère, le fit décapiter.

 

Au Moyen Âge, chaque corporation de métier avait son saint patron, figure emblématique et point de ralliement pour ceux de la profession. La fête de la Saint-Sébastien pour les archers y trouve sans doute son origine. Fêtée chaque année en grande pompe, la Saint-Sébastien est maintenant avec le Tir du Roi et le Bouquet l’un des temps les plus importants de l’année dans le tir à l’arc.

 

Tous les archers de Saint-Cloud sont présents, sauf ceux qui ont un sérieux empêchement. Un chevalier de Suresnes, de la ville proche, a été courtoisement invité. Il tire comme les autres, mais ne pourra pas devenir le " Saint Sébastien " de l’année (il ne peut faire que des " honneurs " en tirant dans la cible).

 

L’exceptionnalité du jour est marquée d’abord par l’habillement: tout le monde doit être en blanc des pieds à la tête, sous peine de ne pas pouvoir entrer dans le gymnase (on a été prévenu à l’avance); ceux qui l’ont oublié repartent chez eux. Les chevaliers sont élégants, ils portent leur uniforme: la veste bleu marine, la cravate, le pantalon blanc, la chemise et le couvre-chef blancs (une casquette ou un bob), l’écharpe de soie mauve, propre à la famille des Yvelines, et les médailles de circonstance: tous ont l’épinglette de la chevalerie, le blason du club de Saint-Cloud (" la Pucelle ", insigne du régiment de cavalerie de Saumur, qui leur a permis de la porter: sur fond bleu se détache, brodé au fil d’argent, le casque empanaché d’un chevalier en armure du Moyen Age) cousu sur la veste, certains ont la croix de l’archiconfrérie de Saint Sébastien autour du cou. Les chevaliers portent normalement l’épée, les " archers baptisés " (les aspirants-chevaliers) une dague; mais ici, peut-être par timidité devant ceux qui ne connaissent rien à la chevalerie ou par modestie, pour la plupart ils ne les mettront pas. Habillés ainsi, on sait enfin qui est qui: les chevaliers mettant un point d’honneur à être discrets, on ne peut savoir qu’indirectement au cours de l’année qui est chevalier et combien il y en a dans le club. L’habit donne la fonction, le rôle et, ce qui est le plus important, l’ordre des préséances.

 

La partie commence par l’accrochage cérémonieux du blason sur le stramits. En noir et blanc, il est à l’effigie de Saint Sébastien qu’on voit attaché à un arbre et transpercé de flèches. Il y a deux cibles sur la même feuille, l’une pour les arcs classiques, l’autre pour les compounds. L’un des chevaliers présents l’a dessiné lui-même, ayant gagné la partie l’année précédente.

Le porte-drapeau avec le drapeau du club s’avance depuis le pas de tir, suivi des chevaliers en procession. Les premiers tiennent le carton à accrocher. Une fois punaisé, le porte-drapeau le salue en inclinant le drapeau à l’horizontale. Puis toujours en procession, les chevaliers reviennent vers le pas de tir.

 

Un chevalier annonce, avant de commencer, les règles du jeu pour ceux qui ne les connaissent pas. Sur le mur est affichée une photocopie des règles de courtoisie et de respect au " noble jeu de l’arc ". Chacun est prié par les chevaliers d’y jeter un coup d’oeil. Celui qui manquera à la règle devra " passer au tronc ", c’est-à-dire mettre quelques pièces, " ce qu’il veut ", dans le " tronc " constitué d’un pot-à-lait portant le nom de la compagnie, placé bien en vue sur une table. Le passage au tronc est un rite qui a lui aussi ses règles mais qui n’a pas pu être observé ici, personne n’ayant manqué à son devoir ou personne n’ayant pensé à le présenter selon les règles. En principe il incombe à tout les archers et surtout au censeur de le présenter aux fautifs. Mais pour fonctionner cette coutume exige une certaine intériorisation des règles de l’archerie traditionnelle par les membres de la compagnie; ce n’est pas possible dans un club où tous les archers ne connaissent pas la tradition ou n’y souscrivent pas.

Le registre de la compagnie, posé à côté du tronc, passe quant à lui inaperçu; le greffier est chargé d’y rapporter tous les événements ayant lieu dans la compagnie. Son ouverture donne lieu à un rituel. Il est rarement ouvert en public, d’autant plus si ce public non initié n’en connaît pas l’importance. Comme le tronc, ce registre est un symbole de la vie de la compagnie. Les registres accumulés à travers les siècles constituent maintenant des archives précieuses conservées et consultées avec vénération par les chevaliers qui ont eux-mêmes tendance à faire plus confiance à cette mémoire écrite qu’aux récits transmis de bouche à oreille entre archers (question intéressante du rapport à l’écrit plutôt qu’à l’oral).

 

Chacun doit tirer trois flèches en tout, en trois fois. Les premiers à tirer sont les chevaliers, puis les archers, puis les autres par ordre d’ancienneté, les débutants en dernier.

Le premier tir comporte un rituel obligatoire pour tous: le salut aux buttes. Il faut pour le faire porter un chapeau. Les habitués en ont apporté de très colorés, de formes originales. Ceux qui n’en ont pas l’empruntent à quelqu’un (certains ont même pensé à en apporter plusieurs, pour les oublieux). Le tireur dit d’une voix forte: " Mesdames, messieurs, je vous salue! " Et les autres répondent: " Salut! ". Alors il peut tirer sa flèche. Pendant que les autres tirent (un par un, cela prend du temps), l’assistance doit rester silencieuse, on chuchote, on garde un air grave, on ne doit ni rire ni fumer, conformément aux règles de courtoisie affichées sur le mur.

 

Chaque fois que tout le monde a tiré sa flèche, les chevaliers s’avancent en procession vers le blason pour voir à qui appartient la flèche la plus proche du centre. Ils ont un conciliabule secret, puis laissent venir tous les archers qui font alors cercle autour du blason. On note le nom du propriétaire de l’heureuse flèche près du trou qu’elle a fait dans le carton. Puis chacun reprend sa flèche et retourne attendre son tour derrière le pas de tir.

 

Quand tout le monde a tiré sa dernière flèche, les chevaliers retournent ensemble au blason pour décider qui a gagné. A la surprise de tout le monde, le vainqueur pour la catégorie majoritaire, arc classique, est une débutante qui a planté sa flèche en plein milieu de la cible. Pour l’autre catégorie, arc compound (leur cible est beaucoup plus petite car leurs arcs sont plus précis), c’est un chevalier expérimenté. Un dernier tir a lieu pour les départager, pour savoir qui est le Saint Sébastien de l’année; il devra décorer le blason l’année suivante et remettre son titre en jeu. C’est la débutante qui gagne.

 

Sa flèche doit lui être remise solennellement. C’est normalement un rite codifié, mais ici, puisque nous ne sommes pas dans une vraie compagnie, il y a des flottements. Les archers font une haie d’honneur de chaque côté de la cible, tandis que les deux gagnants s’avancent lentement. On souffle à la débutante ce qu’elle doit faire et dire. Le blason a été détaché du stramits avec sa flèche plantée dedans. Un chevalier le présente à la gagnante qui prend sa flèche en disant: " Chevalier, merci! ". Les paroles à dire sont des formules précises, mais c’est un non initié qui les dit en s’embrouillant. L’effet est moindre sur l’assistance. On remet aux deux gagnants une belle flèche en bois aux plumes blanches, pyrogravée de la date de l’événement et de leur nom (qui sera gravé un peu plus tard). Le Saint Sébastien de l’année reçoit une médaille représentant le saint. Les archers prennent des photos.

 

Après la partie, la table est mise pour le banquet. Les nappes sont des blasons fraîchement troués par les flèches. C’est un excellent buffet froid commandé au traiteur.

 

 

Le Concours annuel qualificatif aux championnats de France (week-end du 27 et 28 février)

 

Le club organise tous les ans une compétition où les meilleurs archers pourront faire des points pour être qualifié et participer aux championnats de France. Pour la forme, c’est donc une compétition, où seule la performance sportive devrait compter. Mais de nombreux enjeux sociaux s’y nouent.

 

L’assistance est composée aux trois quarts d’hommes, pour la plupart entre 40 et 55 ans, avec pour beaucoup un certain embonpoint. La tenue blanche n’est pas obligatoire, mais juste " souhaitée ". Tout le monde sait cependant qu’un " vrai " archer la mettrait. C’est un code connu: qu’on la mette ou non, c’est significatif, et chacun se positionne par rapport à cela. Rares du reste sont ceux qui ne sont pas en blanc des pieds à la tête (un archer de l’extérieur est cependant venu habillé de rose vif et de marron, expliquant ensuite qu’on ne peut pas le disqualifier pour cet accoutrement et qu’il garde sa tenue blanche propre pour les compétitions de plus haut niveau; détail important, il porte quand même une casquette de golfeur, signe qui suffit à l’intégrer parmi les archers, car c’est un couvre-chef qu’affectionnent les puristes). Il y a une certaine mise en scène du " vrai " archer par lui-même dans l’habillement, la démarche, la façon de décorer son carquois et de le laisser balancer sur la jambe. Il n’y a pas d’élégance recherchée de la tenue: jogging blanc, tee-shirt, jean, avec la casquette ou le bob en option selon qu’on est un puriste de la tradition ou non. On porte éventuellement la tenue du club: on marque ainsi son identité et son appartenance à un club ou à une compagnie, comme autrefois les chevaliers du Moyen Âge portaient leur blason.

 

Les archers déambulent dans le gymnase entre quatre pôles spatiaux: le greffe à l’entrée, la buvette dans le local de rangement, le tableau de points près du mur et le pas de tir dont les cibles sont à 18 m. L’accès au pas de tir est réglementé; les deux arbitres y contrôlent ce qui s’y passe. Les arcs sont posés derrière, sur des barrières garnies de mousse. Encore derrière sont alignés des sièges où les archers rangent leurs affaires et où les rares spectateurs peuvent s’asseoir. Mais le tir à l’arc, sport trop immobile et silencieux, n’offre pas d’action très spectaculaire; le seul spectacle n’est vraiment que les archers eux-mêmes. Ce sont les parents éventuellement qui y assistent, les mères avec leur tricot et " la mangeaille " près d’elles.

 

Ce concours est l’occasion d’échanges courtois entre clubs et compagnies des environs. Les motivations des uns et des autres à venir à ce concours sont variées. Certains viennent pour accomplir des performances sportives, d’autres pour le plaisir, d’autres encore par courtoisie: ceux du club de Saint-Cloud doivent être présents pour accueillir et honorer ceux des autres compagnies, et ceux-ci rendent une visite qui leur a été rendue ou qui va l’être. Ces trois motivations peuvent se mêler dans les esprits mais elles sont distinctes dans leur nature.

 

La dimension don / contre-don se manifeste autrement encore. Le " don " est constitué par la partie payante de la compétition, le " contre-don " par la redistribution d’objets aux participants. Ce concours est en effet l’occasion d’échanges de paroles, d’objets, et dans une certaine mesure, de personnes, prétextes qui servent à la communication entre les groupes d’archers de la région.

Les archers en arrivant au gymnase doivent d’abord se rendre au greffe, administration officielle qui enregistre les inscriptions, la participation au concours coûte 40 francs (les archers de Saint-Cloud ne payent pas). La deuxième chose payante, que l’on pourrait aussi considérer comme un don fait par l’archer extérieur au club qui l’invite, est la buvette où sont mises en vente des boissons et de la nourriture. Dans la mesure où ces gâteaux et ces sandwichs ont été préparés personnellement par les gens du club, ce ne sont pas de simples marchandises qui sont achetées. Les archers extérieurs pourraient ne manger que des provisions apportées par eux-mêmes; pour la plupart ils tâchent cependant de faire honneur à cette nourriture familiale et non industrielle. Ils savent que l’argent donné sera pour le club, en quelque sorte pour une bonne cause (cet argent ne sera pas redistribué aux mamans qui ont confectionné les gâteaux), par le même principe que celui des kermesses annuelles d’écoles.

Ce qui est redistribué par le club en revanche sont les coupes et les trophées qui récompensent les trois meilleurs de chaque catégorie. A cette cérémonie sont présents tous les archers et quelque autorités officielles de la ville tels que des conseillers municipaux. La soirée se termine par un pot offert par le club (avec les victuailles qui restaient de la buvette). Puis tout le monde se sépare assez rapidement, fatigué.

 

 

Le Bouquet provincial (5 mai)

 

Un Bouquet traditionnel rassemble tous les ans des dizaines de compagnies (souvent plus de deux cent) dans un village de Picardie, d’Île-de-France ou de Seine-Saint-Denis. Ce lieu est décidé quatre ans à l’avance, le temps pour le village de se préparer à accueillir tant de monde. Cette année, le Bouquet se passe à Ermenonville. Le temps est chaud et ensoleillé. Le village entier a été décoré pour l’occasion de fleurs de crépon multicolores figurant des animaux, des archers, des fleurs; des banderoles ont été déployées (" Honneur aux jeunes filles ", " Honneur aux archers ", " Honneur au clergé "), des stands offrent saucisses, frites et barbe-à-papa dans une ambiance de foire. Les villageois ont leurs habits du dimanche, les policiers patrouillent en grande tenue; tout le village est en effervescence. Gérard déclare même qu’il a entendu à la radio (RTL) qu’on annonçait le Bouquet.

 

Le matin très tôt, le porte-drapeau a dû se rendre à la mairie pour présenter le drapeau. Heureusement, l’un des membres du club de Saint-Cloud possède une maison de campagne sur place, ce qui lui a permis de le présenter à sept heures du matin. C’est important de le présenter suffisamment tôt, car la compagnie sera placé au début du cortège, question d’honneur et d’amour-propre. Accessoirement, cela lui permet aussi de choisir la date du tir du Beursault au cours de l’année. Deux compagnies amies, celles de Rueil et de Suresnes, en ont profité pour lui confier leur drapeau.

Le salut des drapeaux est une véritable cérémonie. Tous les " drapeaux " (i.e. le porte-drapeau officiel de la compagnie, tenant le drapeau, en grande tenue, les mains gantées de blanc) font la queue devant le bâtiment de la mairie. Sur les marches de l’entrée, faisant face aux drapeaux des compagnies en visite, se trouve le Drapeau de la compagnie d’Ermenonville, et près de lui le Tambour. Pas une parole n’est prononcée. Au coup de sifflet retentit un roulement de tambour: les porte-drapeaux, trois par trois (pour que cela aille plus vite, car ils sont nombreux), inclinent leur drapeau devant celui d’Ermenonville (qui fait de même), puis se redressent, ayant salué; ils s’éloignent, tandis que les suivants s’approchent. Tout ceci est fait dans le plus grand sérieux, et même avec gravité. Ces cérémonies durent jusqu’à neuf heures et demi, le temps de doter toutes les compagnies d’un numéro; cette fois-ci, elles sont particulièrement nombreuses à être venue au Bouquet: 254 compagnies sont présentes.

Ainsi Saint-Cloud hérite du numéro 40 (41 et 42 pour Suresnes et Rueil); la petite pancarte est fixée en haut du drapeau.

Pendant ce temps, le reste du club de Saint-Cloud est arrivé en car avec ceux de Rueil. Les archers se saluent les uns les autres; c’est l’occasion de retrouvailles avec les amis des compagnies éloignées, que l’on n’a pas vus depuis longtemps. L’essentiel du Bouquet s’y résume: c’est retrouver ses vieilles connaissances, parler, échanger les nouvelles, renouer les relations. Pour les archers, le Bouquet provincial est un rassemblement d’archers, un temps de rencontre nécessaire à la communication entre les compagnies de la région.

 

A partir de neuf heures et demi, presque tout le monde est en place et " la parade " se met en branle pour traverser le village. En premier lieu viennent les jeunes filles en blanc (toutes les jeunes filles de la commune) dont les aînées portent le bouquet de fleurs traditionnel et le vase offert par le Président de la République sur un brancard, puis les 254 compagnies précédées de celle d’Ermenonville. Pour certaines, il n’y a que le drapeau, pour d’autres cinquante archers sont venus, tout habillés de blanc. Les compagnies soignent leur mise en scène: elles marchent en formant deux files; rares sont celles qui portent leurs arcs avec elles, on préfère comme accessoires des parapluies colorés, des canotiers enrubannés, on porte la mascotte (qui est souvent à l’origine du sobriquet de la compagnie, autres tradition ancienne) et le tambour. La compagnie de Saint-Pierre-Montmartre soigne particulièrement sa présentation: trois archers se sont habillés en Ecossais; la cornemuse aux lèvres et frappant leurs tambours ils font danser au reste de la compagnie des danses folkloriques écossaises.

La parade des compagnies de tir à l’arc est entrecoupée de diverses fanfares et d’autres groupes folkloriques ou sportifs. La dernière partie de la parade est composée de gens costumés venant à cheval ou assis dans des voitures anciennes tirées par des chevaux: c’est le " défilé historique ", partie originale à Ermenonville, village fier de son passé historique (des pancartes indiquent le nom des illustres personnages représentés: Jean-Jacques Rousseau, Gérard de Nerval qui dans Sylvie mentionne le Bouquet provincial, et des rois et des princes un jour passés par Ermenonville). La parade passe devant la tribune officielle où sont assises les autorités politiques et religieuses de la région, les hommes accompagnés de leurs épouses, applaudissant chaque compagnie. Le drapeau leur rend le salut au passage. Beaucoup de gens des environs sont venus voir le Bouquet; ils applaudissent au passage de la parade, debout sur les talus: la bourgeoisie locale est représentée, mêlée à la foule des autres spectateurs.

 

Vers onze heures la parade aboutit sur la place du village, en face du château. Sur une pelouse attenante, un grand dais a été monté sur une estrade, des sièges installés devant, pour la messe solennelle où assistent tous les drapeaux. Le milieu de l’archerie était à l’origine très catholique et son amour des traditions lui a fait conserver des éléments épars de cette pratique religieuse sans en garder le fond idéologique. La messe est cependant une vraie messe, mais les fidèles sont peu nombreux. L’effet des drapeaux rassemblés est grandiose, ils sont 254 drapeaux multicolores debout en cercle autour de l’assistance de la messe et s’inclinant tous ensemble quand la clochette résonne pour signifier les moments forts de la célébration (l’Offertoire, etc.). La messe est dite en plein air (peut-être parce que l’église du village est trop petite) et ce cadre de verdure convient parfaitement à cette manifestation archeresque, dans ce contexte de traditions, de nature et d’authentique. L’évêque de Beauvais célèbre, assisté du curé d’Ermenonville. Les Petits Chanteurs à la Croix de Bois sont eux aussi présents comme ils l’étaient au dernier Bouquet provincial d’Ermenonville en 1938 (le Programme de la fête se charge de donner ces détails avec le nom des personnalités présentes). Au cours de la messe, la statue de Saint Sébastien est bénie en même temps qu’une montagne de brioches destinées à ceux qui ne veulent pas communier parce qu’ils " n’ont pas cette croyance ": elles sont découpées en petits morceaux dans des corbeilles puis distribuées à tous à la fin de la messe par les jeunes filles en blanc. On a ainsi la forme de repas qu’est la messe sans le fond. Les archers restent unis en tant que commensaux.

Pour finir, des discours sont prononcés par les officiels et les organisateurs où les mots " tradition ", " courtoisie ", " bienséance " reviennent souvent. Un homme explique qu’il y a " deux populations bien différentes à faire vivre dans la Fédération "... les archers traditionnels et les sportifs qui iront à Atlanta, qu’il n’est pas toujours facile de les rassembler mais que le Bouquet, espérons-le, saura le faire.

 

Après la messe, tout le monde est affamé. On s’installe, toute la compagnie ensemble, sur une pelouse à l’entrée du village, non loin du jardin d’arc d’Ermenonville, et on pique-nique sur l’herbe, mêlés aux archers de Rueil.

 

Vers seize heures, on remonte dans le car. Le retour est très gai: le capitaine fait chanter les autres en s’accompagnant de percussions variées.

La fête à Ermenonville doit durer jusqu’au soir avec le Bal des jeunes filles, mais l’essentiel pour les archers est terminé.

 

 

Le Tir du roi ou l’Abat-l’oiseau (12 mai)

 

Ce tir traditionnel est le plus important moment de la vie d’une compagnie avec la Saint-Sébastien et le bouquet. Le " roi " de l’année dernière remet son titre en jeu, que le premier qui abattra l’oiseau reprendra (si c’est le même, pour la troisième année consécutive, il deviendra " empereur ").

Tout le monde a rendez-vous au Carré Saint-Jean ce dimanche matin à neuf heures et demi, en grande tenue blanche. Le temps est froid pour la saison, un peu venteux, avec un ciel gris et bas. A peu près quarante archers sont présents: les habitués du club.

En arrivant au Carré, on commence par saluer tout le monde. Les prévoyants ont apporté du café dans des thermos et assez rapidement chacun se retrouve avec un gobelet de café fumant qui réveille autant qu’il réchauffe. En même temps on monte les arcs, on les bande, on s’équipe des carquois et des flèches et on se rend sur le pas de tir pour tirer quelques flèches d’échauffement, nécessaires aux réglages.

Quand tout le monde est prêt, les notables décident d’ouvrir le tir du roi. On se rend dans un coin du Carré (là où il y a le moins de bruit, à cause de la proximité de l’autoroute), les chevaliers regroupés faisant face aux autres. Le capitaine Alain (différent du président du club) fait un petit discours. Il annonce entre autre que les chevaliers de Saint-Cloud ont démissionné de la Famille des Yvelines pour créer leur propre famille qu’ils appelleront la Famille des Parisii. C’est pour cette raison qu’ils ne portent pas leur écharpe mauve aujourd’hui. Cette petite révolution ne semble pourtant affecter personne parmi les archers présents; ils ne se sentent pas concernés.

On va cérémonieusement accrocher la carte sur la butte, spécialement décorée par le roi lui-même, Ludovic le fils du capitaine, et fixer l’oiseau, statuette de plâtre de la forme d’un petit oiseau et ornée de plumes chatoyantes, en son centre. Cette première butte est située à 50 m du pas de tir. Pour les débutants, il y en a une deuxième à 30 m où l’on tire le roitelet (le tenant du titre a décoré la carte, mais tire cette année sur la cible du roi).

Le tir commence... Comme pour la Saint-Sébastien, les archers doivent tirer dans un certain ordre et saluer de la même façon: le roi tire en premier, puis le " bureau " (le président du club, le trésorier, le secrétaire), le capitaine, les chevaliers, les archers " baptisés ", puis les autres par ordre d’ancienneté. On tire une seule flèche à chaque fois. Les débutants à 30 m tire en même temps que les expérimentés à 50 m.

Soudain, après un moment, des éclats de voix: l’oiseau a été abattu! C’est Évelyne, dame d’arc, qui a eu cet honneur. On note soigneusement l’heure et la " halte " de l’événement: l’oiseau a été abattu à 11 h 45, à la cinquième halte (au cinquième tour). Les six chevaliers partent seuls vers la butte pour constater officiellement que l’oiseau a été abattu. Puis ils disent à la compagnie et au drapeau de venir les rejoindre autour de la carte, sauf Évelyne qui doit rester sur le pas de tir. Le capitaine détache la carte avec la flèche encore enfoncée dedans, et en grande pompe l’apporte à l’heureux " roi " (qui est une reine!).

 

Du côté des roitelets, par contre, l’oiseau est toujours vivant, il faut continuer à tirer. Un chevalier reste pour contrôler et noter le nombre de haltes. Les débutants ne sont que cinq, donc les choses vont plus vite; on tire même deux flèches à la fois pour accélérer le mouvement. Le tir du roitelet est un événement mineur par rapport au tir du roi; il n’est poursuivi que pour respecter complètement la tradition, semble-t-il, comme une formalité. Finalement l’oiseau ne sera abattu que l’après-midi, à 15 h 55, à la vingt-cinquième halte.

 

Vers midi et demi, tout le monde se retrouve pour l’apéritif. De grandes tables ont été installées sur la pelouse derrière les vestiaires du centre sportif, dans un coin calme et fleuri. Elles sont recouvertes de nappes blanches et on y met le couvert pour le repas barbecue.

 

La journée se termine par la remise solennelle des trophées (appelés " Joyau du roi ") au roi et au roitelet, des statuettes de bronze sur socle de marbre, représentant des pigeons. L’année prochaine, le roitelet tirera avec les " grands " à 50 m.

 

 

B. Description sociologique: les statistiques

 

1. Le questionnaire

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Objectifs de l’enquête, réalisation, méthode, échantillon, déroulement

 

L’objectif du questionnaire est de fournir des informations statistiques sur la population d’archers du club de Saint-Cloud pour la situer socialement par rapport à l’ensemble de la population française, en termes d’âge, de profession, du nombre d’hommes par rapport aux femmes. Il s’agit aussi de connaître la motivation de ces gens à faire du tir à l’arc, l’intensité de leur pratique, par quel trajet sont-ils arrivés dans ce club (ce n’est pas le hasard), et quel est le rapport entre la performance sportive et la chevalerie d’arc.

 

Le questionnaire a été présenté à tous les archers présents à l’entraînement et à l’initiation le vendredi soir à partir du 12 avril 1996 (les archers l’ont lu et rempli seuls, avec quelques indications données par l’enquêteur). C’est déjà le deuxième semestre et seuls restent les archers vraiment intéressés et motivés par ce sport (beaucoup d’enfants ont arrêté en cours d’année). En 1995-96, le club comptait autour de 70 inscrits. 43 personnes ont répondu à ce questionnaire.

 

Pour une meilleure fiabilité des résultats finals, il a été fait un questionnaire d’essai, présenté à 31 archer seulement, et qui a permis quelques ajustements dans le libellé des questions.

 

(Le questionnaire est en annexe , ainsi que le tableau des résultats.)

 

2. Analyse des résultats

 

a. le questionnaire passé au club

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La valeur de ces chiffres est toute relative, 43 personnes seulement ayant été interrogées, à peu près le nombre d’archers participant régulièrement à la vie du club. Sachant que le club compte environ 70 inscrits, il faut croire que des archers ont abandonné en cours d’année ou pratiquent peu, en solitaire.

 

Le club est composé pour les deux tiers d’hommes. Les femmes sont minoritaires comme on peut s’y attendre pour un sport d’origine militaire; elles sont aussi moins attirées par le fort aspect technique de ce sport; elles ont tendance à choisir des arcs anciens dépouillés de cette technique, les longbows en bois par exemple.

 

 

 

La pyramide des âges du club est globalement conique, avec une large base: une population jeune, mais relativement vieille pour une population de sportifs . Les moins de 18 ans forment un bon tiers des effectifs (36 %). Dans le club, il y a d’un côté les adultes majoritaires, responsables, à tendance traditionnelle, et de l’autre côté les enfants et les adolescents, population plus instable, discrète, plus intéressée par le sport en lui-même.

 

Figure 1: La pyramide des âge, globalement conique, plus large à la base du côté des garçons.

 

 

 

Ces deux groupes ont une façon différente de pratiquer le tir à l’arc, mais aussi une origine sociale différente: la profession " étudiant " compte 42 % des effectifs (ce sont en fait tous les écoliers; seulement deux ont plus de 18 ans). Pour la moitié d’entre eux, le père est " cadre sup. " (et souvent la mère sans profession), alors que les archers adultes sont 20 % dans cette catégorie socioprofessionnelle.

 

Cette faible représentation des cadres supérieurs est remarquable pour notre hypothèse (ces 20 % sont cinq personnes: un chef d’entreprise, un ingénieur, une enseignante, une documentaliste et un autre). Majoritaires sont les employés, les techniciens et les ouvriers formant ensemble 64 % des effectifs de la population active du club (cf. le camembert ci-dessous). (C’est peu par rapport à ce que nous escomptions, probablement lié à la plus grande proportion de cadres sup. dans Paris et la proche banlieue que dans le reste de la France, surtout à Saint-Cloud.)

Si nous prenons les catégorie de la stratification sociale utilisée par BOURDIEU dans La Distinction, les archers de Saint-Cloud viennent donc majoritairement des classes populaires.

 

Figure 2: Ouvriers, techniciens et employés représentent ensemble 64 % parmi les archers de Saint-Cloud.

 

La figure 3 de la profession paternelle donne 46 % de " cadres sup. ": ceci est attendu: ce sont les pères des écoliers et des archers cadre sup. On ne trouve pas d’ascension mais plutôt une stabilité sociale (des promotions de fin de carrière peuvent peut-être expliquer les autres " cadres sup. " parmi les pères).

Figure 3: Le grand nombre de pères " cadre sup. " est dû aux archers cadre sup. et aux adolescents.

 

 

La provenance géographique des archers est variée, la corrélation " habitant la ville " - " pratiquant dans le club de la ville " est assez faible, ce qui prouve qu’on choisit son club de tir à l’arc sur d’autres critères que les seuls critères géographique ou financier (les archers de Saint-Cloud ont une réduction sur l’inscription au club de Saint-Cloud).

 

40 % des archers viennent de Saint-Cloud; mais 30 % viennent des villes limitrophes (Garches, Suresnes, Boulogne, Rueil, La Celle-Saint-Cloud), et autant des villes plus éloignées (Paris, Neuilly, Issy-les-Moulineaux, Asnières, Villeneuve-la-Garenne, Gennevilliers, Saint-Ouen). Les archers qui font le plus de trajet pour venir tirer sont ceux qui s’investissent le plus moralement dans la vie de la compagnie; ils pratiquent le tir à l’arc depuis longtemps, font des compétitions, sont parfois même instructeurs comme Gérard qui habite à Saint-Ouen. La population qu’on trouve dans le club n’a donc pas forcément les mêmes caractéristiques que celle de la région locale (nous avons dit que Saint-Cloud était une ville plutôt chic, qu’on pouvait s’attendre à trouver dans le club une population " distinguée "). Ceux qui viennent de loin sont passés par d’autres clubs de tir à l’arc (ils sont la moitié dans ce cas-là) où ils ne sont pas restés, parfois pour des raisons pratiques, mais souvent parce que l’ambiance n’y était plus bonne.

 

Dans les raisons du choix de ce club par les licenciés, ce qui est le plus cité est cependant l’argument géographique, car il est toujours plus pratique de faire du sport près de chez soi, mais 42 % y sont venus parce qu’ils y avaient un amis ou un parent, ou parce que l’ancien moniteur le leur avait conseillé, d’où l’importance ici des réseaux de connaissances et de parenté. Plus de la moitié des archers viennent en famille, et parmi ceux-ci la grande majorité est plus de trois dans la famille à faire du tir à l’arc.

Ce qui détermine la décision de l’archer de rester dans le club est donc l’atmosphère qui y règne (la bonne entente entre les archers), puis les instructeurs sympas, le sérieux de l’entraînement et en dernier lieu l’endroit.

 

72 % des archers pratiquent un autre sport que le tir à l’arc, ce qui peut s’expliquer par le fait que le tir à l’arc est un sport statique qui a besoin d’être complété par une activité défoulante pour le reste du corps. Tous les sports sont représentés puisque tous les âges et toutes les catégories sociales sont présents dans le club. Voici les sports que les enquêtés ont pensé à citer dans leurs questionnaires: les adolescents ont plutôt tendance à faire du roller, du base-ball, du vélo, du rugby, du karaté, du snake-board, de l’escrime (trois garçon de 15-16 ans en font); les femmes font de la danse moderne, de la gym, de la natation, du golf, de l’équitation, du patinage, des claquettes; les hommes font du judo, du vélo, du jogging, du football, du volley-ball, de la musculation, du ping-pong, du tennis, du tir à l’arme de point, de la plongée, de la voile, du surf, du ski, de l’escalade.

 

 

Le temps de pratique du tir à l’arc: les trois quarts des archers interrogés font moins de quatre heures de pratique par semaine.

Figure 4: La différence se fait entre les simples amateurs, ceux qui font de la compétition et les professionnels.

 

Ce qui plaît le plus dans le tir à l’arc est l’aspect technique dont on a déjà parlé. L’individu possède son arc, fruit d’une haute technologie dans laquelle il a investi financièrement pour ce loisir, c’est sa première fierté (surtout pour les garçons et les hommes, majoritaires dans le club), c’est donc normal que 56 % des archers le mettent en premier choix. Mais la dimension collective vient tout de suite après: retrouver ses amis pendant les séances d’entraînement est la deuxième chose la plus importante, car il ne suffit pas d’avoir un bon arc, il faut aussi se sentir bien au milieu de ses semblables (si ces " semblables " ne sont plus des amis, on change de club), dimension psychologique non négligeable. Puis vient l’effort physique, car si on a choisi de faire un sport, c’est pour avant tout se dépenser physiquement. Les traditions n’ont que la quatrième position dans les préférences (cependant il y a autant de personnes qui l’ait mis en première, deuxième, troisième ou cinquième choix; une répartition remarquablement régulière qui montre que les avis sont partagés); cela signifie qu’on ne vient pas faire du tir à l’arc pour se plonger dans un univers traditionnel; d’ailleurs peu le connaissent, la plupart ne se doutent pas qu’ils trouveront des traditions aussi structurées dans ce sport. En cinquième choix vient le lieu: peu importe l’endroit où l’on pratique pourvu qu’on ait un bon arc et de bons amis.

 

Question 1: " Qu’est-ce qui vous a donné l’envie de faire du tir à l’arc? " Un archer sur quatre l’est devenu grâce à un membre de sa famille ou à un ami qui lui en a donné le goût: les réseaux de connaissances ont ici leur importance. Près d’un tiers en a fait pendant ses vacances. Les réponses " Autre " sont variées: des raisons médicales ou professionnelles, " une envie depuis longtemps ", " un rêve d’enfant " grâce aux mythes qui auréolent ce sport (Robin des Bois, etc.), pour changer de l’ordinaire (" faire un sport de compétition autre que le ski ou le tennis "), ou par une attirance pour la chasse.

 

 

b. Statistiques nationales

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On peut compléter ces données par les statistiques de la Fédération Française de Tir à l’Arc. En 1996, selon son Dossier de presse, la Fédération comptait 50 030 licenciés répartis en France dans 1800 clubs et compagnies.

 

Dans l’Évolution des effectifs de nos licenciés, la F.F.T.A. donne pour la saison 1993-94 l’évolution des licenciés par sexe, âge et région ainsi que le nombre et la taille des clubs.

La Fédération a doublé ses effectifs entre 1985 et 1995: la plus forte augmentation est venue après les Jeux Olympiques de Barcelone où un Français, Sébastien Flute, a gagné la médaille d’or, ce qui a porté le tir à l’arc en France à une renommée certaine. Beaucoup de jeunes ont voulu tout d’un coup faire du tir à l’arc. La croissance des effectifs semble maintenant ralentir. L’" effet Flute " a duré peu de temps, enflammant une population adolescente instable dans ses choix. De plus, le champion n’est plus aussi bon aux Jeux d’Atlanta de 1996 (un Américain a gagné la médaille d’or).

 

Par conséquent les effectifs de la catégorie jeunes (-18 ans) ont augmenté plus vite que ceux des adultes (entre 90 et 94, la proportion de jeunes a gagné dix points: ils sont passé de 28 % à 37 % des effectifs totaux; le club de Saint-Cloud avec 36 % de -18 ans en 96 est dans la moyenne nationale). Les adultes restent largement majoritaires. Tandis que le nombre de jeunes a doublé en trois ans, suite à l’effet Flute, le leur est resté relativement stable, sans doute moins sensible aux phénomène de mode, et parce que la pratique adulte est ancrée dans une solide tradition où l’on ne s’engage pas à la légère et où l’on reste quand on y est (les chevaliers restent chevaliers toute leur vie). Les taux de " turn over " corroborent cette remarque: en 95, plus de 70 % des adultes ont désiré renouveler leur licence pour 58 % des jeunes.

 

L’évolution de la pratique féminine reste stable dans le temps et l’espace. Le taux de féminisation est de 23 % en 93/94, soit un peu moins du quart des effectifs (il oscille globalement entre 20 et 30 % selon les région; le club de Saint-Cloud est bien au-dessus de la moyenne avec 35 % de femmes).

 

1462 clubs ont été recensés en juin 95 en France. C’est en Île-de-France qu’il y en a le plus avec 211 clubs, puis la Picardie (169 clubs). Le nombre de clubs semble être en corrélation avec la densité de population mais aussi avec l’ancienneté de la pratique dans la région: c’est le cas de la Picardie et de l’Île-de-France. Le nombre moyen de licenciés par club est de 33, ce qui fait du club de Saint-Cloud un " gros " club avec environ 70 inscrits. Il y a 10 182 licenciés en Île-de-France, soit un cinquième des effectifs totaux, bonne proportion pour la région parisienne qui rassemble effectivement environ un cinquième de la population française.