Partie II
Accueil Remonter
 mail2.gif (4196 octets) écrivez-moi pour me faire part de vos remarques.

Introduction Partie I Partie II Partie III Conclusion

 

Note de recherche

d’Ethnozoologie

 

Licorne de Mer ou Licorne de Terre:

le Narval

 

Table des matières

        a. Dans la classification
        b. Aspect et comportement
        c. Localisation

 

 

II. Le narval, Monodon monoceros

 

Les connaissances sur le narval ont progressé très lentement. D’après certains, elles seraient même encore vastement lacunaires. Les zoologues " fabuleux " du Moyen Âge avaient du mal à faire la différence entre " la licorne de mer " et la " licorne de terre ". Pendant longtemps on s’est demandé si le Narval était un poisson ou un mammifère, s’il portait une dent ou une corne et à quoi pouvait-elle servir?

 

Illustration du Narval par F. Cuvier (reproduite dans Baleines, dauphins et marsouins, encyclopédie visuelle, Bordas, 1989). La représentation est inexacte: le narval a ici des nageoires de poisson; de plus il est très rare qu’il porte deux défenses.

 aLicor15.gif (5290 octets)

 

1. Historique de la découverte du Narval

 (Retour au Sommaire)

D’après les recherches de Lucie ARVY, le premier crâne de narval fut décrit en 1648 par Tulpi.

 Cet animal fut reconnu comme apparenté au dauphin quand Worm en 1655 reçut d’Islande un crâne complet.

Il faut attendre le XIXème siècle pour trouver des observations correctes de l’animal, des schémas qui ressemblent à la réalité.

 

De même on mit du temps à se mettre d’accord sur le nom qu’on lui donnerait: narwhal (vieux mot scnadinave), sea unicorn, ceratodon, licorne de mer... Depuis 1835 avec Mulder l’appellation de Monodon monoceros est unanimement utilisée. Elle est consacrée par l’usage bien qu’elle soit illogique: le rostre du narval n’est pas une corne mais une dent faite fondamentalement d’ivoire; en outre la denture du narval comprend non une, mais plusieurs dents.

 

La particularité la plus extraordinaire du Narval est vraiment cette denture. Les narvals adultes ne possèdent qu’une seule paire de dents implantées horizontalement. Inapparentes, intragingivales chez la femelle (sauf anomalie rarissime), chez le mâle la dent gauche se transforme en une défense longue de 1,8 à 2,5 m (exceptionnellement jusqu’à 2,7 m) et de 8 à 10 cm de diamètre à la racine. De croissance continue, contournée à gauche sur elle-même (dans le sens des aiguilles d’une montre en s’éloignant de la racine), la dent est creuse et contient une pulpe riche en petits vaisseaux sanguins (elle saigne abondamment quand on la coupe, mais se cicatrise rapidement). Elle est assez friable et peut se briser comme du verre (en séchant, elle diminue de taille et résiste mieux à la cassure).

Comme le souligne L. Arvy, " les deux dents permanentes du narval sont exclusivement maxillaires (...) il ne convient pas d’en faire une incisive, pas plus qu’une canine; elles diffèrent des autres dents mammaliennes ". Objet de trafic dès le XIIème siècle, la " corne " de la licorne de mer ne fut acceptablement décrite que par Tulpi (1641) et Worm (1655); c’est seulement alors que sa nature narvalienne fut reconnue.

 

Une autre particularité intéressante du Narval est l’asymétrie de son crâne, particulièrement chez le mâle. D’après L. Arvy, ceci n’est pas dû à la présence à gauche d’une dent géante car cette asymétrie est aussi marquée chez les femelles qui ont deux dents égales, intragingivales, que chez les mâles qui ont une ou deux dents géantes.

  

On n’a pas pu encore expliquer l’importance que peut avoir cette étrange défense du Narval. On a supposé au XIXème siècle qu’il l’utilisait pour transpercer les poissons, creuser des trous dans la glace afin de pouvoir respirer en émergeant, ou bien qu’il s’en servait comme d’un râteau pour chercher sa nourriture dans le sol des fonds marins. Comme écrivent E. J. Slijper et D. Heinemann, en 1975, " toutes ces suppositions semblent extrêmement douteuses, car, en règle générale, les femelles ne portent pas de défense. Il est bien plus vraisemblable que cette défense du Narval joue un rôle dans le comportement social et sexuel, comparable à celui que nous connaissons chez le Cerf avec ses bois, chez le Lion avec sa crinière et chez le Canard mâle avec sa parure nuptiale." Le narval qui a la défense la plus longue aurait plus de chances de s’accoupler avec les femelles. Il arrive effectivement qu’on observe des " batailles " entre mâles et qu’on retrouve des narvals couverts de cicatrices ou transpercés par une défense. Mais en général le narval n’utilise pas sa défense de façon agressive.

Au contraire, elle semblerait l’encombrer par son énormité. Les études de Jurgensen montrent que souvent la dent du narval mâle est brisée. En effet, le narval ne peut nager en arrière s’il s’engage à travers ou sous un obstacle: si sa dent est engagée, il l’utilise comme un levier et la brise. Pour L. Arvy (1978), les narvals ne s’attaquent pas entre eux et n’attaquent aucun adversaire avec leur dent; le narval ne se défend pas contre des assaillants, il fuit. " Même quand il est prisonnier des glaces et en compétition avec ses semblables pour respirer, il n’utilise pas sa dent comme une arme; il ne saisit pas ses proies en les embrochant comme l’a envisagé Scoresby (1822): un tel embrochage ne peut qu’être une possibilité accidentelle, vraisemblablement. "

Comment un mammifère a-t-il pu développer une dent unique et aussi gigantesque, dans l’évolution des espèces? Il n’est pas sûr que la question de son utilité résoudra cette interrogation.

 

2. Identification

 

a. Dans la classification

 (Retour au Sommaire)

Classe des Mammifères

|

--- sous-classe des Thériens

  |

  --- infra-classe des Euthériens

      |

   --- ordre des Cétacés

         |

     --- sous-ordre des Odontocètes

            |

      --- superfamille des Monodontoïdés (une seule famille):

               |

       --- famille des Monodontidés (Baleines blanches)

                  |

        --- 2 genres à espèce unique:

                     |

         -- Delplhinapterus leucas, Béluga ou Dauphin blanc

         -- Monodon monoceros, Narval

 

La famille des Monodontidés se distingue des autres Odontocètes (Cétacés ayant des dents et se nourrissant de céphalopodes: seiches et calmars) par l’absence de nageoire dorsale et la présence de vertèbres cervicales non soudées.

 

b. Aspect et comportement

 (Retour au Sommaire)

Le Narval sans la défense atteint une longueur de 4 à 4,9 m. Il a la tête ronde, des nageoires pectorales larges et arrondies; sa silhouette ne se différencie de son proche parent, le Béluga, que par l’absence de l’ébauche de bec (on peut confondre les petits des deux espèces). Sa coloration est claire, avec de petites tâches noires, surtout réparties sur le dos.

 

Les jeunes sont gris-bleu, de couleur plus foncée que les adultes, avec deux dents supplémentaires à la mâchoire supérieure. Ils atteignent leur maturité sexuelle entre 8 et 9 ans pour les mâles, entre 4 et 7 ans pour les femelles. Leur longévité moyenne est estimée entre 30 et 40 ans.

 

Malgré tout ce qu’on a cru, les narvals sont des animaux pacifiques et se manifestent rarement. Ils sont rapides, agiles, inoffensifs (Scoresby, 1822). Ils se déplacent habituellement en groupes de dix ou vingt, rassemblant des individus du même sexe, mais il arrive qu’on observe des troupeaux de plusieurs milliers, mâles et femelles mêlés. Dans l’eau, leur dent n’est jamais visible, sauf lorsqu’ils nagent sur le dos ou qu’ils jouent entre eux.

 

Le Narval vocalise, il émet divers bruits qui lui servent dans la vie avec ses semblables, l’écholocation et l’orientation.

 

c. Localisation

 (Retour au Sommaire)

Le Narval est un animal exclusivement arctique. En direction du Sud, il dépasse rarement le 65ème degré de latitude et il pénètre plus au Nord que n’importe quel autre Cétacé. Il est surtout répandu dans le détroit de Davis, entre le Groenland et l’île de Baffin.

 

Il est bien adapté à ce milieu. Le fait qu’il soit dépourvu de nageoire dorsale lui facilite la nage sous la glace: cela lui permet d’échapper aux orques en se tenant juste sous la banquise (ces grands prédateurs abandonnent leur chasse par crainte de heurter leur nageoire dorsale très sensible). Comme le Bélouga, le Narval migre de façon saisonnière vers le nord en été, vers le sud en hiver pour ne pas se retrouver emprisonné par les glaces.

 

Quand ils chassent, les narvals se disposent en une seule rangée, côte à côte, formant une sorte de barrage, au devant duquel fuient leurs proies: le plus souvent des morues polaires (Boreogadus saida), des truites-saumons " qu’ils préfèrent en automne " (L. Arvy); ils se nourrissent aussi de flétans noirs (Reinhardtius hippoglossoides) et de crustacés décapodes, ce qui les rend indépendants des régions côtières et des hauts-fonds, et aussi de poissons plats, de céphalopodes (Gonatus, Rossia, Octopus) et d’autres mollusques.